Petit survol de la musique espagnole...
PREMIERE PARTIE
La Canción del emperador - Luis DE NARVAEZ (1500-1555) Guitare.
Luis de Narvaez écrit cette pièce musicale en 1538 pour la vuhela, une sorte de petit luth, ressemblant à une petite guitare moderne, à cordes pincées ou jouées à l’aide d’un archet. Il s’agit d’une adaptation d’une chanson profane d’un compositeur français Josquin DESPREZ : « Mille Regrets ». Il la mentionne comme la cancion del emperador, la chanson de l’Empereur, car elle a sans doute fait partie des quelques chansons nouvelles que Josquin présenta à Charles Quint en 1520 et elle devint peut-être ensuite l’une des préférées du souverain. Au cours de premières années du XVIème siècle, un style de polyphonie, celui de l’école franco-flamande va ainsi progressivement diffuser dans les différentes cours européennes. Chacune des voix y est traitée de façon indépendante, tout en formant un tout avec les autres voix. Cette pièce instrumentale nous introduit dans ce répertoire de la musique ibérique, trésor d’une indéniable originalité et d’une inépuisable richesse.
Lauda mater Ecclesia. - Francisco GUERRERO (1528-1599)
Francisco Guerrero s’inspire pour l’écriture de cet hymne d’une pièce grégorienne initialement composée au Xème siècle par un moine bénédictin Odon de Cluny, qui fut le deuxième abbé de Cluny. A l’origine il s’agissait d’une séquence, une sorte de poème liturgique, chanté pour la fête de Sainte Marie Madeleine, une femme pécheresse, que l’Evangile nous décrit possédée de sept démons, avant sa guérison par Jésus. Francisco Guerrero né à Séville en 1528, est l’un des maitres de l’école andalouse de musique du XVIème. Dans cette composition il fait harmonieusement se répondre le chant grégorien et la polyphonie.
O Magnum mysterium. - Tomas Luis DE VICTORIA (1548-1611)
Tomas Luis de Victoria est le représentant le plus connu de la musique ibérique du XVIème siècle. Né vers 1548 dans la province d’Avila, il est d’abord choriste à la cathédrale d’Avila puis fait des études d’organiste. Il part à Rome en 1565, où il profite des leçons du maitre Giovanni Palestrina. Ordonné prêtre et de retour en Espagne, il devient chapelain au service de l’impératrice Maria, fille de Charles Quint. Il a composé 180 œuvres vocales et parmi elles, une vingtaine de messes et plus de cinquante motets. La fin de sa vie se termine pourtant dans un anonymat total. Après sa mort en 1611, il tombe très vite dans l’oubli tant en Espagne qu’en Italie. Cette œuvre évoque la beauté et la tendresse de l’un des plus grands mystères chrétiens, celui de l’Incarnation. « O grand mystère et admirable sacrement que des animaux voient le Seigneur nouveau-né, couché dans une mangeoire »
Teresica Hermana - Mateo FLECHA (1481-1553)
Mateo Flecha le vieux est au début du XVIème siècle un compositeur du Royaume d’Aragon. Il est aussi chanteur et professeur de chapelle et notamment connu pour ses « ensalades », ses « salades », des œuvres vocales polyphoniques, où se mélangent les styles musicaux, les rythmes, les onomatopées et parfois même les langues. De telles chansons étaient très populaires au début de ce siècle. Dans cette chanson Teresica hermana, la petite sœur Thérèse, est poursuivie par un galant, à la recherche d’une aventure amoureuse, pour « una noce sola » pour une seule nuit. Teresica prudente montre sa crainte face au risque d’une grossesse. Mais la fin de l’histoire n’est pas vraiment optimiste car après les fararirira fararirira…. « Que mala noce tiene ». Quelle mauvaise nuit passée !
Ave Maria. Motet à huit voix - Tomas Luis DE VICTORIA (1548-1611)
Tomas Luis de Victoria, lors de son séjour en Italie, publie pour la première fois en 1572 à Venise, à l’âge de 24 ans un livre de motets. Ce recueil de musique contient 33 pièces : 14 à quatre voix, 9 à cinq voix, 9 à six voix et une à huit voix. Ce motet à huit voix est un Ave Maria, que Victoria écrit pour deux chœurs mixtes identiques. Le style est antiphonaire. Il fait donc se répondre et dialoguer les deux chœurs, en alternant des passages tantôt d’écriture homophonique, tantôt polyphonique. Les mélodies sont simples et progressent avec de belles saillies harmoniques.
Riu Riu Chiu Anonyme
Riu Riu Chiu est un villancico, Jes villancicos sont des compositions poétiques et musicales, apparues en Espagne au Moyen-Age et à la Renaissance et souvent données durant la période de Noël. Le villancico possède tous les attributs des chansons de village, toniques, pleines de joie de vivre et ironiques. Le morceau que nous allons interpréter est indiqué comme l’œuvre d’un auteur anonyme mais beaucoup le considèrent comme probablement écrit par Mateo FLECHA. Ce villancico est connu d’un seul recueil de chansons : le Conconiero de Uppsala, publié en 1556 à Venise. Le thème mis en musique est celui de la Nativité du Christ et de l’Immaculée Conception. « Riu riu chiu, crie le garde-rivière (le martin pêcheur), Dieu a protégé notre agnelle du loup enragé… et aucun péché originel n’a été trouvé chez cette vierge. ».
Hei mihi domine - Francisco GUERRERO (1528-1599)
Si Francisco Guerrero est moins célèbre que Tomas Luis de Victoria, il reste pourtant une des grandes figures de l'âge d'or de la polyphonie espagnole. Fidèle à sa ville natale de Séville où il finit ses jours, il composait au moins une page par jour alternant messes, motets et autant de pièces profanes. Guerrero puise dans la musique médiévale et le grégorien l’inspiration de ce motet Hei mihi Domine, jadis chanté à Matines à l’Office des morts. Ce motet à six voix, intense et expressif, est typique de la polyphonie funéraire espagnole. Il fait partie des motets pénitentiels les plus puissants de son temps, car il dispense une atmosphère de désolation, avec de grands moments d’accentuation musicale, qui tendent à souligner les sentiments exprimés.
DEUXIEME PARTIE
Rondeña - Regino Sainz DE LA MASA (1896-1981) Guitare
La « rondeña », dont certains auteurs suggèrent que le nom vient de la ville de Ronda, est une forme musicale ancienne du sud de l’Espagne, qui trouve son origine dans le fandango. Le Fandango était l’un des genres folkloriques principaux dans une grande partie des provinces espagnoles, qui devint même, au XVIIIème siècle, la « danse espagnole » par excellence. A partir du XIXème, les fandangos sont incorporés dans le répertoire flamenco. Aujourd’hui, la «Rondeña» est un genre flamenco du groupe des « cantes de Málaga ». La Rondeña que vous allez entendre interprétée par Yann Barreaud, a été composée par Regino Sainz de la Maza, un guitariste et compositeur espagnol du XXème siècle qui a notamment collaboré avec divers compositeurs, dont Manuel de Falla et Joaquín Rodrigo (1901-1999), qui lui dédiera son célèbre Concerto d'Aranjuez .
Esta Tierra – Javier BUSTO (1949 - )
Esta Tierra est un poème de Francisco Pino (1910-2002), où le poète décrit sa nostalgie pour son pays tranquille et paisible. Il est magistralement mis en musique par Javier Busto dans un style impressionniste, qui évoque des images colorées de la campagne espagnole et la beauté de la nature.
Soy de Mieres – Arr. Jesus GURIDI (1886-1961)
Dans cet arrangement du compositeur basque Jesús Guridi (1886-1961), vous entendrez ce chant traditionnel et populaire, typique des Asturies, avec ses deux sections contrastées, lentes et rapides. Un contemporain célèbre de Jesus Guridi, Manuel de Falla (1876- 1946) a utilisé le thème de la partie lente de cette chanson pour son Asturiana, dans le recueil : « Sept Chansons populaires »
Volar – Arr. Esteban Sanz Velez (1960 - ) Chant traditionnel de Cantabrie.
Bien que né au Venezuela en 1960, le compositeur Esteban Sanz Velez a consacré la plus grande partie de sa vie professionnelle à la musique chorale de Cantabrie, une région qui reflète dans ses chants, le contraste de ses paysages entre son patrimoine marin et ses zones montagneuses. La chanson Volar vient de la ville de Polanco, à l'intérieur des terres.
Al paño fino – Arr. Manuel Massotti Littel (1915-1999)
Al paño fino est une seguidille de la région de Murcie, plus connue sous le titre « al paño moruno », première des « sept chansons populaires » recueillies et arrangées par Manuel de Falla. La musique de cette région a de fortes influences mauresques, que l'on peut entendre dans la nature modale de la musique. L’arrangement choral que vous allez écouter a été écrit par Manuel Massotti Littel (1915-1999), un compositeur très cher à Murcie, son pays natal.
TROISIEME PARTIE
Madroños – Frederico Moreno TORROBA (1891-1982) Guitare
Romancero Gitano - Mario CASTELNUOVO-TEDESCO (1895-1968)
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PRESENTATION de Mario CASTELNUOVO-TEDESCO
Mario Castelnuovo-Tedesco est un des plus brillants représentants de la musique Italienne de la première moitié du XXème siècle. Il est issu d’une ancienne famille juive espagnole, exilée en Italie en 1492 après l’expulsion des juifs du royaume d’Espagne. En1939 il s’exile lui-même aux Etats-Unis pour échapper à la persécution des Juifs dans l’Italie Mussolinienne. Il deviendra un enseignant réputé (professeur d’orchestration de John Williams par exemple) et un compositeur fécond. Son inspiration musicale s’est souvent appuyée sur son goût pour la littérature et la poésie. Ses œuvres pour guitare révèlent, comme un héritage de l’Histoire, des influences Andalouses et Yiddishs.
PRESENTATION de FEDERICO GARCIA LORCA
Federico Garcia Lorca est un des plus grands poètes espagnols mais aussi un dramaturge, unpeintre, un pianiste et un compositeur. Né en 1898 dans une famille aisée, il a aimé la campagnede Grenade, ses paysages et sa terre. Sa mère lui communique le goût de la littérature et de lamusique. Il étudie le piano et l’harmonie avec un disciple de Verdi. A l’Université de Grenade Ilsuit des études de Lettres et de Droit. Il devient l’ami de Manuel de Falla. A la fin de ses étudesà Grenade, il part à Madrid, où commence véritablement sa création littéraire. Il fait laconnaissance de nombreux artistes : Buñuel, Dali, Neruda et les poètes Antonio Machado etMiguel de Unamuno. C’est en 1921 qu’il écrit le Poema del Cante Jondo, qui sera publié en 1931et dont des extraits servent de livret à l’œuvre, mise en musique par Castelnuovo-Tedesco en 1951.Le succès arrive rapidement mais Lorca connait en 1929 un épisode dépressif sévère, enpartie lié à son homosexualité. Il part aux USA et revient en 1930 au moment de la chute de ladictature de Primo de Rivera. Lorca est depuis longtemps antifasciste. En 1933 il signe unmanifeste contre l’Allemagne d’Hitler. Quand la guerre civile espagnole éclate en Juillet 1936, ilretourne à Grenade malgré les risques encourus, dans une ville réputée avoir l’oligarchie la plusconservatrice d’Andalousie. Il est arrêté le 16 août 1936 puis fusillé le 19, tout près de la GrandeFontaine que les Maures appelaient la "Source aux Larmes".