Nos Concerts - 2024 Le concert Espagnol

Le Romancero Gitano de F. Garcia Lorca

Henri-François Robelet 2024 Le concert Espagnol 33
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Le Romancero Gitano, mis en musique par Castelnuovo-Tedesco, est une suite poétique extraite du « Poema del Cante Jondo » écrite par Garcia Lorca en 1922. Le style musical est marqué par des influences andalouses et yiddishs. La poésie de Lorca évoque les paysages de son enfance, les traditions de processions pascales, les héros légendaires.

Le Romancero débute avec la « BALADILLA DE LOS TRES RIOS ». Nous sommes d’emblée introduits dans la campagne d’Andalousie. On y voit le fleuve Guadalquivir descendre des montagnes enneigées jusque dans les plaines emblavées et continuer son cours entre les forêts d’oliviers et d’orangeraies qui parfument l’air. Cette fluence est aussi celle du vent et de l’amour qui s’éloignent et ne reviennent pas.

O GUITARRA ! On entend bientôt les pleurs de la guitare comme pleure l’eau, comme pleure le vent sur la neige ; les pleurs de la guitare qu’il est inutile et impossible de faire cesser ; des pleurs pour des choses lointaines, une flèche sans but, des pleurs pour le premier oiseau mort sur la branche. Oh guitare ! cœur blessé par cinq épées, blessé par cinq épées qui sont aussi les cinq cordes de la guitare.

Vient ensuite EL PUNAL, Le Poignard. Mais de quelle violence parle Lorca avec ces épées et ce poignard ? De l’injustice sociale et de la pauvreté d’un peuple qu’il aime ? de la dictature qui a précédé la proclamation de la République en 1931 ? De la condamnation de l’amour homosexuel par la société, cet amour que Lorca nommait « l’amour sombre » ? Et bien ce cœur amoureux, le poignard le cloue et, comme un rayon de soleil, il incendie les terribles profondeurs transpercées.

Nous sommes maintenant transportés dans la féerie d’une PROCESSION fantastique. On y croise des merlins imaginaires, d’étranges unicornes, un Roland furieux et une épée Durandal enchantée. Les pénitents chantent dans la ville les douleurs de la Passion. La Vierge porte une crinoline aussi large qu’une immense tulipe et, vêtue de cette robe de solitude, elle navigue, dans un bateau de lumières sur les hautes vagues de la ville et les éclairs de cristal. Le Christ au teint hâlé comme la terre brulée de Grenade souffre sa passion sous un ciel d’Espagne à la fois limpide et obscure, un Christ hâlé, à la chevelure brulée, un christ aux pommettes saillantes et aux pupilles blanches.

Avec MEMENTO, Garcia Lorca parle maintenant de la mort future. Nous sommes saisis par cette évocation en sachant que le poète sera fusillé jeune, à 36ans, en Août 1936, victime de la traque menée contre les communistes et les homosexuels. Ecoutons-le : « Quand je mourrai, enterrez-moi si vous le voulez, enterrez-moi avec ma guitare entre les orangers et la menthe poivrée ».

Plus léger c’est maintenant le tempo allant de la Seguidilla, une BAILE, une danse andalouse dans laquelle les danseurs cambrent majestueusement le corps au son des castagnettes en frappant soudainement le talon très bruyamment comme une percussion. « Ola ! les filles, tirez les rideaux ! » : la Carmen danse dans les rues de Séville au son des castagnettes, la Carmen aux cheveux blancs et aux pupilles brillantes. Dans sa tête est enroulé un serpent jaune et elle rêve qu’elle danse avec des galants d’une autre époque. « Ola ! les filles, tirez les rideaux ! » : Les rues sont désertes mais dans le lointain on aperçoit des cœurs andalous qui cherchent l’amour, des cœurs andalous qui cherchent… les épines de l’amour !

Et pour finir le tempo s’emballe. Furioso ! Un tempo furieux lancé par les castagnettes comme les bruits de crécelle produit par la queue des crotales ou les stridulations des scarabées. Dans la main des danseuses le bois des castagnettes fait vibrer l’air chaud de leurs trilles furieux : Escarabajo sonoro, CROTALO !